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Faut-il appliquer une pyrèthre systématique au gonflement

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Une pratique courante consiste à associer de façon systématique une pyrèthre aux fongicides appliqués au stade dernière feuille à gonflement. La justification est le faible coût de l’insecticide, sans passage supplémentaire pour une espérance de gain de l’ordre de 2q en moyenne observée dans les essais conduits en micro-parcelles.

Or l’on sait aujourd’hui grâce à des expériences en grandeur nature de plus en plus nombreuses (notamment les 8 fermes en Picardie, les groupes DEPHY), que cette approche est en réalité erronée et totalement contre-productive.
 


  
 
Rappels préalables
  
Le principe de l’agriculture raisonnée repose sur le respect des seuils de nuisibilité que vous retrouvez dans les BSV, mais ce n’est pas l’argument essentiel pour ne pas systématiser. Il faut également prendre conscience que les seuils de nuisibilité ne prennent en compte que la probabilité de perte de rendement en comparaison avec le coût de l’intervention.

Les dégâts colatéraux (ou effets non intentionnels = ENI) ne sont en effet pas intégrés dans la définition des seuils, ce qui est une lacune de plus en plus évidente surtout sur le long terme. On se rend compte en effet de plus en plus souvent de leur importance : on traite la pyrale du maïs et on se retrouve avec une attaque de pucerons, on traite les maladies du feuillage sur blé et on se retrouve avec plus de fusariose, on applique une pyrèthre sur un blé sur blé à dernière feuille, et on se retrouve avec une attaque de cécidomyies un peu plus tard. Les exemples sont innombrables.
 
  
 
Une pratique qui repose sur un biais expérimental
  
Mais le plus gros biais n’est pas là. Dans un essai micro-parcelles (de l’ordre de 20 m²) que se passe-t-il ?

Souvent, le champ ou la plate-forme où se trouve l’essai est traité, sauf l’essai lui-même au sein duquel les parcelles sont traitées avec différentes solutions insecticides, sauf le témoin non traité.

On se retrouve donc avec 3 ou 4 parcelles de 20 m² non traitées au milieu de dizaines d’hectares traités.

Sur les dizaines d’ha traités, les auxiliaires sont détruits, mais les pucerons à peu près aussi (en principe). Le seul risque, c’est la ré-infestation si les pucerons qui ont échappé au traitement (cachés, ou moins sensibles, voire résistants) se redéveloppent plus vite que les auxiliaires.

Sur les témoins non traités, les pucerons sont peu mobiles et continuent donc de se développer en absence d’insecticide.

Par contre, les auxiliaires qui sont souvent des chasseurs plus mobiles sont détruits également car ils ne se cantonnent pas strictement aux 20 m² non traités, et se trouvent également en contact avec l’insecticide au gré de leurs déplacements.

Sur les témoins non traités, on cumule donc l’inconvénient d’avoir des pucerons et l’inconvénient de ne plus avoir d’auxiliaires, ce qui exagère artificiellement l’avantage du traitement.
 
  
 
Les processus de régulation fonctionnent mal en micro-parcelles
  
Si l’on fait l’inverse en mettant quelques parcelles traitées de 20m² dans un champ non traité, un autre biais apparaît. Dans le champ, il persiste quelques pucerons, mais dont les populations sont contenues par les auxiliaires.

Dans la parcelle traitée, on bénéficie du gain procuré par l’effet choc de l’insecticide, mais au bout de quelques jours, les auxiliaires préservés dans la parcelle recolonisent la zone traitée et diminuent le risque de ré-infestation. Les parcelles traitées cumulent donc l’effet insecticide et l’effet auxiliaire alors qu’en grandeur nature, on a l’un ou l’autre.
 
  
 
L’expérience DEPHY
  
Dans la vraie vie, quand on ne traite pas un champ depuis assez longtemps, les auxiliaires exercent une forte pression sur les pucerons, comme l’a illustré par exemple une expérience menée dans le programme Auxiprod, et moins on traite, plus ces processus de régulation biologique sont efficaces (spirale vertueuse).

Dans le groupe DEPHY herbicides par exemple, les agriculteurs en arrivent à ne quasiment plus utiliser d’insecticide sur blé (y compris semence, sauf mouche grise en situation à risque), voire en colza dans certaines situations.

Il a été vérifié notamment sur colza que ceci possible grâce au développement important des populations d’auxiliaires (étude réalisée par un enthomologue pour la Sté Dupont). Dans ces situations, une fois acquises, il convient de :
respecter scrupuleusement les seuils de nuisibilité en n’intervenant jamais avant de les clairement atteint voire légèrement dépassés (ce qui arrive beaucoup plus rarement)


d’utiliser en dernier recours une spécialité la plus sélective possible même si elle est un peu plus chère, voire un peu moins efficace.

Les résultats montrent que c’est une voie d’avenir qui répond aux enjeux des marchés (qualité, quantité), économiques (marge), agronomiques (gestion des résistances), environnementaux (biodiversité, qualité de l’eau et de l’air), et de santé (agriculteurs, riverains des parcelles, diminutions des résidus). 


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